Les margelles de piscine en matériaux recyclés gagnent du terrain dans les projets d’aménagement extérieur. La trajectoire réglementaire imposée par la RE2020, avec ses plafonds carbone qui se durcissent en 2025, 2028 puis 2031, pousse architectes et maîtres d’ouvrage à reconsidérer chaque composant d’un projet de construction neuve, y compris les abords du bassin.
Margelles recyclées et RE2020 : un lien indirect mais réel
La RE2020, en vigueur depuis le 1er janvier 2022 pour la construction neuve, n’impose pas directement de contrainte sur les margelles de piscine. Une piscine non couverte n’est pas un bâtiment au sens du texte.
En revanche, lorsqu’un projet de maison neuve ou d’extension intègre un bassin enterré, l’ensemble fait l’objet d’une analyse de cycle de vie globale. Les bureaux d’études qui cherchent à respecter les plafonds de CO₂ par m² regardent alors chaque poste, terrasse et margelles compris. Utiliser un matériau à contenu recyclé pour les bordures du bassin permet de réduire l’empreinte carbone déclarée du projet, même si le gain unitaire reste modeste.
Ce mécanisme crée un contexte incitatif qui n’existait pas avant 2022. Les prescripteurs n’ont pas attendu une obligation spécifique aux margelles pour intégrer des matériaux recyclés dans leurs recommandations. La contrainte vient du bâtiment lui-même, et les abords de piscine en bénéficient par effet de bord.

Matériaux recyclés pour margelles de piscine : ce qui existe concrètement
Le terme « matériau recyclé » recouvre des réalités différentes selon les filières. Trois familles se distinguent aujourd’hui dans le secteur des margelles et plages de piscine.
- Les composites bois-plastique recyclé, fabriqués à partir de fibres de bois et de polyéthylène ou polypropylène issus du tri sélectif. Leur aspect se rapproche du bois, avec une résistance accrue à l’humidité et aux UV.
- Les dalles et margelles en béton incorporant des granulats recyclés (béton concassé, verre pilé). Le taux de granulat recyclé varie selon les fabricants, ce qui rend les comparaisons délicates sans fiche de déclaration environnementale.
- Les matériaux à base de plastique recyclé haute densité (PEHD), moulés pour imiter la pierre ou le bois. Leur durabilité face aux produits de traitement de l’eau (chlore, sel) est un argument souvent mis en avant, mais les retours terrain sur le vieillissement à long terme restent limités.
Chacune de ces familles présente un profil différent en termes de toucher, de résistance au glissement et de comportement thermique. Un composite bois-plastique chauffe moins qu’une pierre sombre en plein soleil, mais davantage qu’une pierre naturelle claire. Ces nuances comptent pour le confort pieds nus autour du bassin.
Résistance au sel et au chlore : le critère que les fiches produit esquivent
Une margelle de piscine subit un environnement chimique agressif. L’eau chlorée éclabousse, le sel cristallise en surface pour les bassins au sel, et les produits d’entretien appliqués sur la terrasse finissent par ruisseler vers les bordures.
Les margelles en pierre naturelle ou en béton classique ont des décennies de retour d’expérience dans ces conditions. Pour les matériaux recyclés, la question se pose différemment. La composition exacte du recyclat influence directement la tenue chimique, et deux produits étiquetés « recyclé » peuvent se comporter de façon très différente face au sel.
Les fiches techniques des fabricants mentionnent généralement une résistance au chlore, mais rarement au sel de piscine sur la durée. Les données disponibles ne permettent pas de conclure avec certitude sur la longévité comparée d’une margelle en composite recyclé et d’une margelle en pierre reconstituée dans un environnement salin. Ce point mérite d’être posé clairement au fournisseur avant tout choix d’aménagement.
Ce que la norme antidérapante impose
La sécurité autour du bassin passe par la résistance au glissement. Les margelles doivent offrir une surface suffisamment rugueuse pour limiter les chutes, pieds mouillés, en sortie de piscine. Cette exigence s’applique quel que soit le matériau, recyclé ou non.
Les composites bois-plastique recyclé intègrent souvent un relief de surface dès le moulage. Les dalles béton à granulats recyclés reçoivent un traitement de surface similaire aux dalles classiques. La conformité au critère antidérapant dépend donc davantage du process de fabrication que de la nature recyclée du matériau.

Coût et disponibilité des margelles en matériaux recyclés
Le prix des margelles recyclées varie fortement selon la filière et le fabricant. Les composites bois-plastique se situent dans une gamme comparable aux bois exotiques, parfois légèrement au-dessus. Les dalles béton à granulats recyclés affichent un surcoût modéré par rapport au béton standard, lié au sourcing et au tri des granulats.
La disponibilité reste le frein principal pour les particuliers. Les grandes surfaces de bricolage proposent encore peu de références estampillées « recyclé » dans leur rayon piscine. L’approvisionnement passe souvent par des négoces spécialisés ou des commandes directes auprès de fabricants, ce qui allonge les délais et complique la comparaison des offres.
Pour un projet de piscine enterrée dans un jardin, cette contrainte logistique peut peser dans l’arbitrage final. Un matériau performant et vertueux qui nécessite trois mois de délai n’est pas toujours compatible avec un chantier d’été.
Entretien des margelles recyclées : ce qui change par rapport à la pierre
L’entretien courant d’une margelle en matériau recyclé diffère peu de celui d’une margelle classique : nettoyage à l’eau, brosse douce, éventuellement un détergent neutre. La différence se joue sur le long terme.
Une pierre naturelle se patine. Un béton peut se réimperméabiliser. Un composite recyclé ne se ponce pas et ne se traite pas en surface de la même façon. Si le matériau se dégrade (décoloration, micro-fissures), le remplacement à l’identique suppose que le fabricant produise encore la même référence, ce qui n’est pas garanti pour des gammes récentes.
Ce point d’entretien à long terme rejoint la question de la maturité du marché. Les margelles en matériaux recyclés valorisent les abords de piscine sur le plan environnemental et esthétique. Leur adoption à grande échelle dépendra de la capacité des fabricants à documenter la durabilité de leurs produits au-delà des premières années d’usage, et des retours concrets des propriétaires de piscine qui ont fait ce choix.

